À propos

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CENTRE D’ACCOMPAGNEMENT DES ACTEURS POUR LA RENAISSANCE D’HAITI

  1. A propos

L’avenir d’un pays dépend d’une part, des politiques et des mesures mises en œuvre par l’Etat, le Gouvernement, ou du moins ceux qui sont au timon des affaires et, d’autres parts, des actions qu’ils entreprennent. Si les politiques, les législations, les mesures et les actions mises en œuvre sont inclusives, il y aura de fortes possibilités que tous les secteurs de la vie nationale y trouvent leur compte. En revanche, si celles-ci, dès le départ, sont établies sur des critères qui, dans le fond, discriminent certains individus ou groupes au profit d’autres, il y a de forts risques que la majorité de la population ne s’y retrouvent pas.

Un autre acteur qui s’avère incontournable dans l’avenir d’une société, ce sont les universitaires. Faisant partie de la société civile et non de l’Etat, ils n’agissent pas directement sur les problèmes. Cependant, ils sont là pour penser, réfléchir et ensuite proposer à ceux qui sont au pouvoir non seulement des plans, des programmes ou projets, mais aussi la façon dont ils doivent les appliquer (la méthodologie) en vue de l’amélioration des conditions d’existence de la population. Ainsi, dans les sociétés développées, il y a souvent des tensions entre la plupart des intellectuels (ou universitaires) et ceux qui sont aux commandes. Ils les critiquent souvent, non seulement sur les actions qui sont entreprises, mais aussi sur les façons dont elles sont réalisées.

C’est, en grande partie, grâce à ces comportements d’éclaireurs que les gouvernements, très souvent, ont dû, dans certains cas, retourner sur des décisions qui soient préjudiciables aux intérêts de la population ou, dans d’autres cas, renforcer celles qui sont en sa faveur. En maintenant ce rôle, ils se transforment en de véritables « vigies » pour le bien-être de la population.  Il est vrai que, dans l’histoire du monde, on trouve des cas où certains grands universitaires se transforment en collaborateurs aveuglés des gens au pouvoir. C’est, par exemple, le cas de l’Allemagne d’Adolf Hitler avec particulièrement les trois célèbres philosophes suivants : Carl Schmitt, Ernst Jünger et Martin Heidegger. Mais, comme on le sait, ce furent trois cas exceptionnels.

Chez nous, en Haïti, fort malheureusement, les universitaires ne se comportent pas ainsi. Ce qui est exceptionnel dans presque tous les pays y devient la règle. On a l’impression qu’ils se mettent avec ceux qui sont au pouvoir pour détruire le peuple, ainsi que ses rêves. Or, un pays ne peut pas se développer sans que chaque acteur ne joue convenablement son rôle.  Comme Hannah Arendt l’a si bien dit, l’action suivit la pensée. Mais chez nous, il n’y a plus de pensée. Et, pour mettre un peu de baume sur la plaie, on peut dire que c’est la pensée qui suit l’action. A la vérité, les gens qui sont au pouvoir agissent sans réfléchir. C’est l’une des principales causes de la misère atroce qui secoue le pays depuis un certain temps.

Les intellectuels haïtiens se divisent en quatre catégories que je vais tour à tour définir autant que faire se peut.

Dans la première se trouvent ce que j’appellerais, des « complices actifs ». C’est un peu comme les trois intellectuels allemands que j’ai brièvement susmentionnés, savoir, Carl Schmitt, Ernst Jünger et Martin Heidegger. Ils travaillent avec des chefs d’État, des ministres, des directeurs généraux, etc., non parce qu’ils veulent aider le pays à aller de l’avant, mais uniquement parce qu’ils veulent faire de l’argent. Ceci pour eux n’est une fin en soi. C’est cela leur seul objectif. Ils ne pensent qu’à eux, et s’en fichent complètement du pays. En ce sens, ils sont dans le rapport maitre esclave avec les autorités, tel qu’envisagé par Aristote dans la Politique. En effet, il définit l’esclave comme un « outil animé », une matière dont seul le maître (Badiou, 2016) est la forme, et qui n’existe qu’en puissance puisque son acte est dans le maître.

Cela veut dire que se fait jour la thèse selon laquelle l’esclave n’est humain que virtuellement et non réellement. Hegel va dans le même sens. Dans la phénoménologie de l’Esprit, il indique que l’esclave vit dans l’animalité, c’est-à-dire, l’immédiateté, la vie au ras des besoins, bref, le « monde la certitude sensible » (Hegel, 1993). Ils œuvrent en vue d’aider des « voyous » à toujours diriger le pays, tout en sachant que ceux-ci n’ont aucune compétence ni pour être là où ils sont, ni pour mener le pays à bon port. Leurs relations avec les dirigeants rappellent étrangement celles entre le maitre et l’esclave.

La deuxième catégorie se forme des « complices passifs ». Ceux-ci se transforment en de simples observateurs. Parfois même, ils font comme s’ils ne voient rien, tandis qu’ils voient tout. En ce sens, ils sont autant coupables que les précédents de la débâcle haïtienne.

La troisième catégorie critique certains pouvoirs établis, mais sans pour proposer de solutions. Le problème est que leur critique se base uniquement sur certains dirigeants, sans aller dans le fond des choses. En ce sens, ils ressemblent plutôt à des dénonciateurs ou des calomniateurs qu’à tout autre chose. Ils ne prennent pas suffisamment de temps pour observer. Ils ne diagnostiquent pas. Ils n’analysent ni le système, ni les institutions, les structures ou les organisations sur quoi celui-ci repose. Ils ne questionnent ni les acteurs qui le nourrissent, ni les méthodes qu’ils utilise ou les voies qu’ils empruntent.

À la vérité, il n’y a aucune différence entre eux et un démagogue. Pendant qu’ils critiquent ou, pour mieux dire, dénoncent certains dirigeants, ils proposent sinon imposent d’autres qui, dans le fond, n’ont aucune différence avec les premiers non seulement en termes de compétences ou de qualifications, mais aussi en termes de bonne foi. En bout de ligne, ils sont plutôt des politiciens ou des reste-avec des politiciens, de certains dirigeants ou aspirants. Dans ce cas, ils ne diffèrent pas du tout des deux précédents groupes.

Vous pouvez rétorquer en arguant qu’ils posent, tant bien que mal, les problèmes. Mais bien sûr. Mais ils le font en des termes très caricaturaux. De plus, leurs perspectives, si on peut en parler, sont à la fois réductrices et binaires. La plupart restent dans un dualisme duvaliériste/fignoliste ou déjoiste, lavalassien/phtkiste ou, pour s’en tenir aux deux dernières années, anciens phtkiste/néophtkiste.

Les trois se rapprochent, en ce sens qu’ils ne sont pas acteurs ; ils sont de simples agents, au service de la classe dirigeant qui, dans ce sens, se confond avec la classe dominante. On ne peut pas non plus les considérer comme des penseurs. Ils font du charabia ou racontent des « histoires ». C’est tout. Ce sont des folkloristes. Ils sont utilisés par les pouvoirs en place parfois pour mentir ; d’autres fois, pour neutraliser les mouvements sociaux, assassiner sinon physique, du moins verbalement, tailler sur mesure des constitutions pour des dirigeants, blanchir des dirigeants corrompus, les aider à organiser des élections frauduleuses et enfin, pour leur donner les astuces nécessaires pour qu’ils puissent se maintenir au pouvoir. La liste de ce qu’ils savent faire est très longue. Cependant, je préfère en rester là.

Ils sont l’antithèse absolue de tout ce qui définit l’intellectuel, savoir,« la liberté à l’égard des pouvoirs, la critique des idées reçues, la démolition des alternatives simplistes, la restitution de la complexité des problèmes » (Bourdieu, 2001). On pourrait ajouter : le dépassement de soi, le sens de la mesure, le mépris pour les choses matérielles, le sens de la collectivité.

La quatrième catégorie rassemble ceux qu’on peut considérer, sans aucun risque d’exagération, comme des « vigies », des surveillants, des pédagogues, des éclaireurs. Ils observent, critiquent, analysent, surveillent, proposent et agissent non seulement en résonnance avec le peuple, mais aussi en lien avec leurs pensées et résultat de celles-ci. En ce sens, ils jouent le rôle du « sel de la terre » ou de la « lumière du monde » (Matthieu 5, 13-15), pour reprendre un peu Jésus qui, s’adressant au début du Sermon sur la montagne à ses disciples, communément appelés les Douze, leur indique la nécessité qu’ils s’engagent positivement et jouent pleinement leur rôle, en tant qu’élites, dans tout processus visant le développement de leur pays et l’amélioration des conditions d’existence de leurs compatriotes.

Les gens faisant partie de cette catégorie croient, en dépit de tout et malgré tous les risques qu’ils encourent et toutes les incompréhensions auxquelles ils font face et toutes les menaces, venues de toutes parts, qui leur planent dessus, dans l’avenir du pays. Ce sont des penseurs, des visionnaires, des acteurs. Bref, des critiques dans le sens précis du terme. Marx a parlé en ces termes : « Étant donné qu’il ne nous appartient pas de forger un plan qui vaille pour tous les temps à venir, il est d’autant plus certain que ce que nous devons faire pour le présent, c’est une évaluation critique impitoyable de tout ce qui est, impitoyable au sens où notre critique ne doit craindre ni ses propres résultats ni le conflit avec les pouvoirs établis » (Marx).

Nous sommes de cette catégorie. Ainsi, nous sommes appelés, à la manière de Karl Marx, à faire une évaluation critique et impitoyable de ce que le pays est devenu ces 70 dernières années, sans oublier les mesures, les décisions, les plans, les programmes, les projets qui ont été mises en œuvre en vue de l’amener là où il est aujourd’hui, pour ensuite nous engager, en synergie avec d’autres acteurs, tant dans la sphère publique, privée que collective, associative ou communautaire, en vue du développement du pays.

Nous devons réorienter le pays, en rompant avec toutes les pratiques dictatoriales, autoritaires, autocratiques, néocoloniales et néo-esclavagistes qui rappellent, curieusement et exactement, la période coloniale et esclavagiste. Nous devons couper court avec l’unilatéralisme, d’où qu’il vient, c’est-à-dire de l’État ou de la société civile.

Le Centre d’accompagnement des acteurs pour la renaissance d’Haïti (CAARHA) s’inscrit dans ce paradigme. Formé par un groupe de chercheurs et d’universitaires, à l’initiative du Dr Yves Sainsiné dit Saint-Cyr, qui viennent d’horizons disciplinaires divers (la sociologie, le droit, la science politique, l’économie, les mathématiques, la physique, la biologie, la psychologie, le travail social, la théologie, l’agronomie, la médecine, le génie, etc.) et qui vivent en Haïti et dans la diaspora, son objectif est de produire, de façon systématique, des travaux tant sur Haïti que sur sa diaspora. Il s’agit, dans le fond, de produire de nouvelles connaissances sur le pays et sa population, partout où celle-ci se trouve. À partir d’une perspective multidisciplinaire, il entend étudier les divers problèmes auxquels le pays fait face, pour ensuite proposer des voies de solution. Dans ce sens, on peut dire qu’il s’agit d’un groupe de recherche-action.

On peut dire aussi qu’il s’agit d’un « think-tank ». Mais à la différence des « think-tanks » traditionnels et de certains soi-disant experts qui travaillent directement pour les décideurs, les autorités et les gens au pouvoir, souvent au détriment de la population, et qui développent une relation pécuniaire, salariale et donc de dépendance avec eux, nous autres, nous travaillons avec la population et donc, à son profit. Nous travaillons aussi avec les décideurs, qu’elles soient du côté de l’État ou de celui de la société civile. Cependant, nous développons avec eux une relation d’interdépendance. Nous ne sommes ni leurs salariés, ni leurs assistés. Nous sommes leurs partenaires et donc leurs vis-à-vis, leurs alter-égo.

En tant qu’ un organisme à but non lucratif (OBNL), CAARHA travaille au développement d’Haïti. Il organise des programmes de réflexion et d’action sur des problèmes auxquels le pays est confronté, ainsi que les voies de solution. Il mobilise les Haïtiens en Haïti et dans la diaspora. Il accompagne les acteurs nationaux, bilatéraux et internationaux, ainsi que les pays amis d’Haïti dans leur quête de solutions aux problèmes du pays. Il organise des formations sous formes de conférence, de congrès, de séminaire, d’atelier, de forum ou de causerie sur la situation haïtienne. Il réalise des études et des recherches sur les problèmes de développement d’Haïti.

Il publie systématiquement des travaux sur Haïti. Il œuvre à l’amélioration des conditions d’existence du peuple haïtien.  Il travaille pour l’avènement d’une nouvelle Haïti, la transformation du système actuel et l’avènement d’une société plus juste, prospère et d’un nouvel État. Il aide les acteurs à repenser le pays et à œuvrer véritablement pour sa renaissance. Il s’engage à reconstruction de la nation, la refondation de l’État et le renforcement de la société.

En tant que groupe de recherche-action, CAARHA entend accompagner non seulement la population, mais aussi les institutions de l’État, de la société civile et de la classe politique, en discutant avec eux et en leur proposant des plans, des programmes, des projets, des méthodes, des orientations ou des paradigmes ou des approches qui soient susceptibles d’aider le pays à aller de l’avant, de le développer et d’aider les membres de la population à l’amélioration de leurs conditions d’existence. Pour ce, il entend mobiliser tous les membres de l’élite intellectuelle haïtienne, qu’ils soient en Haïti ou dans la diaspora, et mettre en œuvre toutes les ressources possibles et imaginables.

Parmi les institutions avec qui CAARHA travaille figurent : l’État, les partis politiques, les associations, les syndicats, les mouvements sociaux, les structures religieuses, les chambres de commerce, les organisations, les entreprises, les banques, les coopératives, les caisses d’épargne et de crédit, les ambassades, les organismes internationaux, les collectivités territoriales, les organisations populaires et les groupes de base. Parmi les acteurs qu’il accompagnera figurent : les paysans, les commerçants, les industriels, les religieux, les entrepreneurs, les politiques, les militants et les éducateurs.

Haïti souffre terriblement depuis un certain temps. Et les problèmes auxquels elle est confrontée perdurent, en dépit des mesures parfois qui ont été prises. Nous allons aider à les résoudre. Parmi ces problèmes on peut citer : l’insécurité, l’assassinat des manifestants et des militants politiques, le kidnapping, les meurtres en série, la lenteur administrative, la corruption, le chômage, la fraude électorale, l’unilatéralisme, l’égocentrisme, l’autoritarisme, la spoliation, les conflits terriens et/ou agraires, la concentration, la centralisation, la violence, le viol, l’injustice, les inégalités sociales, l’insuffisance des soins de santé, la discrimination sexuelle, le dysfonctionnement de la fonction publique, la désorganisation sociale, la crise des valeurs, de la culture, de l’éducation, le matérialisme, la cupidité, l’avare, etc.

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